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Mon dernier voyage en motoneige sur la Basse-Côte-Nord du Québec

PAR ALBERTE MARCOUX
Photo principale : LA ROUTE BLANCHE/ CATHERINE ALLARD/TOURISME CÔTE-NORD – DUPLESSIS

 

Je suis originaire de Tête-à-la-Baleine, petit village francophone localisé sur la Basse-Côte-Nord du Québec.

Depuis maintenant, 2 ans, je travaille pour la Coopérative de Solidarité en Tourisme Équitable (Voyage CoSte). L’hiver étant le seul temps de l’année où toutes les communautés sont reliées entre elles par la route Blanche, je profite de cette période pour aller rencontrer nos membres habitant cette partie du littoral. Et évidemment, je le fais en motoneige!

Ayant grandi dans ce magnifique berceau naturel recouvert d’un tapis de lichen et de chicoutai, entourée d’archipels, d’oiseaux marins, de phoques, de baleines et d’icebergs et ayant couru les carnavals d’un bout à l’autre de cette côte à cheval sur ma motoneige pendant des années, c’est toujours avec une intense émotion que je retourne à la maison.

Être bien préparé

Pour ce voyage, je suis accompagnée de trois résidants de la Minganie qui souhaitaient découvrir cette partie de la Côte-Nord (Duplessis) jusqu’à la frontière du Labrador. Je leur servirai donc de guide!

Malgré toute l’excitation que je ressens face à cette aventure sur la côte, je m’efforce d’effectuer tous les préparatifs essentiels à l’expédition de manière à ce que celle-ci soit sécuritaire. Même si je connais le territoire, et justement parce que je le connais si bien, je m’assure d’avoir les items suivants :téléphone satellite et carte d’appel (aucun signal cellulaire en Basse-Côte-Nord et seulement dans certains villages en Minganie), trousse de premiers soins, pelle, chandelles, fusées éclairantes, briquet, nourriture sèche, outils et pièces de motoneige, un bidon de 25 litres d’essence, les coordonnées des établissements de services et, évidemment, une carte de motoneige. Mon itinéraire est échelonné sur 7 jours et je planifie quelques jours tampon pour pallier aux conditions météorologiques que nous pourrions rencontrer.

Nous avons convenu de débuter notre expédition à Kegaska et passons donc la nuit à l’Auberge le Brion avant le grand départ. J’ai hâte au lendemain pour enfourcher ma motoneige et retrouver cette sensation d’abandon en roulant dans cette nature sauvage. Je la ressens déjà.

Et l’aventure commence!

Kegaska – La Romaine (58 km)

Lorsque le soleil est à sa pleine hauteur, nous sommes déjà dans le dernier portage à la sortie du village de Kegaska.

Nous voilà seuls au milieu de nulle part à traverser des lacs, des rivières et des mornes. Le bleu que nous apercevons à l’horizon nous rappelle que nous longeons le Saint-Laurent. Quelques heures plus tard, nous arrivons au cœur du village d’Unamen Shipu/La Romaine.

Le village francophone de La Romaine compte quelque 120 francophones, alors qu’Unamen Shipu est l’une des communautés autochtones les plus peuplées de la côte avec près de 1200 résidants.

Notre hébergement pour la nuit : l’Hôtel Mme Ruby.

La Romaine – Chevery – Harrington Harbour (133 km)

Même si j’ai quitté la Basse-Côte, elle ne m’a jamais quittée. Ce retour aux sources est un véritable cadeau pour mon anniversaire qui est aujourd’hui. Il fait froid (-40°C) et c’est encore noir à l’extérieur. Les conditions météorologiques s’annoncent relativement bonnes.

Nous avons quelques rencontres prévues avec les gens de la place avant de prendre le départ pour un bon deux heures de motoneige pour se rendre à Chevery. Je souhaite aussi étirer la randonnée pour me rendre à Harrington Harbour et présenter ce joyau de la Basse-Côte à mes coéquipiers.

La route vers Chevery est parsemée de lacs et de montagnes.

Il fait un froid de canard et le vent souffle de l’ouest, alors il n’y a pas à dire que la soupe qu’on me sert en arrivant à l’hôtel Misty River me fait le plus grand bien. Repus, nous repartons à nouveau sur la route Blanche vers Harrington Harbour. Ce village, construit sur une île dans le golfe du Saint-Laurent, se trouve à une vingtaine de kilomètres de Chevery. Nous devons traverser un pont de glace et mes coéquipiers trouvent cela particulier. L’expression sur leurs visages en dit long et ma fierté face à mon coin de pays n’a d’égal que leur émerveillement. Nous enfourchons nos motoneiges pour monter le flanc nord de l’île. Arrivés au sommet, je leur présente Harrington Harbour, un des dix plus beaux villages du Québec. Celui-ci est tout simplement unique, que ce soit par sa géomorphologie, ses trottoirs de bois, sa culture anglophone, etc. Il est habité par une communauté anglophone isolée de 350 âmes fières, dynamiques et solidaires.

Malheureusement, notre visite est de courte durée puisque nous sommes attendus à Chevery pour la nuit.

Notre hébergement pour la nuit : le Misty River Motel / Bar & Restaurant.

Chevery – La Tabatière (un peu plus de 100 km)

Notre journée de motoneige débute un peu plus tard que prévu puisque, ce matin, notre aubergiste m’informe que le service héliporté vers Harrington Harbour est toujours opérationnel. Je propose donc à mes collègues d’en profiter pour vivre une expérience assez particulière, soit un vol d’hélicoptère au-dessus de Harrington. C’est une belle opportunité pour apprécier le paysage que nous ne manquons pas de saisir. Au retour, nous sommes prêts à amorcer notre parcours vers La Tabatière. Je profite d’un court arrêt à Tête-à-la-Baleine pour saluer ma famille. À cette hauteur, le sentier sillonne les 600 îles et îlots de l’archipel de Tête-à-la-Baleine sur la mer gelée, quel feeling! J’ai pourtant fait ce trajet des centaines de fois mais, chaque fois, c’est une découverte.

Après un bon réchaud et quelques sandwichs au homard et au crabe, nous voilà prêts à poursuivre notre route vers La Tabatière. Je décide de prendre le trajet pour rentrer à Baie des Moutons (Mutton Bay). Ce petit village bâti en partie sur une île est très pittoresque. Après une demi-heure à circuler dans les montagnes desquelles nous avons une vue panoramique sur le Saint-Laurent, nous arrivons à La Tabatière. La vue du village à partir de la baie me permet d’expliquer à mes compagnons l’histoire de cette communauté construite principalement autour de la pêche au loup-marin. À certains endroits, on peut encore apercevoir des anciennes fonderies où l’on faisait fondre la graisse de loup-marin (phoque).

Notre hébergement pour la nuit : l’Auberge de La Tabatière.

La Tabatière – Saint-Augustin

Le soleil brille de tous ses feux lorsque nous reprenons la route Blanche. Après avoir dévalé les sentiers dans les portages et sur les baies pendant quelques heures, nous arrivons à Saint-Augustin. On aperçoit des cabanes de pêche sur la rivière ainsi que plusieurs personnes qui prennent une bière ou un café tout en pêchant. Quelques-uns nous font même signe de les rejoindre. De ce que l’on voit, la pêche est bonne. Comme nous avons un bris sur une de nos motoneiges, nous nous activons plutôt à trouver un garage avant l’heure de fermeture. C’est d’ailleurs sans trop de difficulté qu’un mécanicien finit par nous venir en aide et nous assurer que tout sera réglé pour le lendemain matin! Quel accueil! On se sent chez nous lorsqu’on arrive à Saint-Augustin; les habitants vous reçoivent à bras ouverts.

Notre hébergement pour la nuit : Pension de la Côte.

Saint-Augustin – Blanc-Sablon

Cette partie de la route Blanche traverse des lacs et des montages. Nous affrontons une tempête de vent et la température est de -40°C. Il ne fera pas chaud en hauteur! Nous rencontrons des centaines de motoneigistes sur la route : c’est que les gens de la Basse-Côte-Nord ont tous rendez-vous à Saint-Augustin ce week-end pour un gros tournoi de hockey. Ce sera l’occasion de se réunir et de festoyer. Il faut se le dire, l’hiver, avec la route Blanche, est le seul temps de l’année où les communautés sont reliées entre elles. Nous arrivons finalement dans la baie de Vieux-Fort et la vue sur le village est magnifique. Après avoir transféré notre matériel dans le camion qui nous attendait, nous repartons sur la 138 en direction de Blanc-Sablon.

Nous passons devant des villages de Middle Bay et de Brador et ralentissons le temps de prendre quelques photos. Lourdes-de-Blanc-Sablon, avec son paysage lunaire, impressionne mes coéquipiers. Une fois installés à l’auberge, nous prenons quelques heures pour visiter les lieux jusqu’au Labrador. Je présente à mes compagnons le site de la rivière Blanc-Sablon et leur parle des fouilles archéologiques réalisées. Ce site relate 9000 ans d’histoire sur la Côte. Nous sommes le berceau d’un grand pays. Le lendemain, nous reprendrons la route vers Saint-Augustin, question de pouvoir glaner un peu du côté de l’aréna où le tournoi de hockey bat son plein avant de partir en excursion hors-piste!

Notre hébergement pour la soirée : l’Auberge Motel Quatre saisons.

Excursion hors-piste dans l’archipel de Saint-Augustin

Il n’y a pas de sentier pour sortir dans l’archipel et seuls les gens du coin connaissent le trajet. C’est pourquoi nous retenons les services d’un guide pour découvrir le territoire. Mes amis sont éblouis par le village d’été qu’on retrouve sur les îles : la plus vieille chapelle centenaire de l’île Providence, la maison de Jos Hébert sur l’île de la Passe, l’île du Rigolet avec son bureau de poste, etc.

Ce circuit, sur les traces de Jos Hébert, est nautique en été et exploré en motoneige l’hiver. Il a fallu 20 ans pour le développer avec les moyens du bord et encore aujourd’hui, très peu de personnes viennent apprécier ce patrimoine vivant.

Pendant notre périple, la tempête s’est levée.

Notre procession de motoneiges avance prudemment et il est hors de question de s’aventurer à gauche ou à droite puisque nous sommes sur la mer gelée et que la visibilité est nulle. Je pense à mes ancêtres, lesquels ont survécu à des conditions extrêmes lorsqu’ils se sont installés sur ce bord de côte au début du 19e siècle. Ils sont des exemples de courage et de fierté puisque sans leur détermination et leur originalité, ce territoire austère ne serait pas occupé. La transhumance a permis à nos vaillants pêcheurs de s’enraciner sur cette terre aride. Cartier avait sans doute vu juste lors de son premier voyage sur ladite CoSte du Nord en l’appelant « la terre que Dieu donna à Cain » : les gens s’acharnent à vouloir dompter cette côte abrupte et sauvage. C’est un tango passionné entre l’homme et la nature…

Notre hébergement pour la soirée : Retour à Tête-à-la-Baleine à l’Auberge de l’Archipel

Après un au revoir rempli d’émotion, je quitte mon berceau. Les préposés à l’entretien du ministère des Transports sont sur la route Blanche depuis tôt ce matin. La quantité de neige tombée il y a quelques heures à peine fait en sorte que le sentier est impeccable. Nous roulons à belle allure et les paysages sont à couper le souffle. Quand reverrai-je ce trésor du bout du monde? Ce monde à part ou l’homme ne fait qu’un avec la nature. N’est-il pas le plus bel héritage à partager aux générations actuelles et futures qui, étant prises avec le rythme effréné de la vie, en oublient le sens réel? À cheval sur ma motoneige, je vois défiler l’immensité de ce monde qui fait partie de moi. Je termine mon aventure sur les traces de Jos Hébert

Contactez Voyages CoSte pour plus d’informations sur les tours guidés en motoneige.

Ces propos sont tirés du carnet de voyage d’Alberte Marcoux.

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